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Les « newsfluencers » : ces comptes Instagram qui bousculent le paysage médiatique belge

Nonante Cinq 18 mars 2026
Les « newsfluencers » : ces comptes Instagram qui bousculent le paysage médiatique belge

Il fut un temps où, pour s'informer en Belgique francophone, les options étaient assez limpides : Le Soir, La Libre, L’Avenir, la RTBF, RTL, Sudinfo… et basta. On feuilletait son journal le matin, on allumait la télé à 19h00 et on avait fait le tour. Mais ça, c'était avant.

Aujourd'hui, une partie croissante du public — et pas que les ados — consomme l'actualité autrement. Sur Instagram, sur TikTok, en stories et en reels. Et ce n'est plus seulement le fait de médias traditionnels qui tentent de se réinventer sur les réseaux sociaux : c'est aussi le fait de créateurs indépendants, souvent jeunes, qui se sont autoproclamés relais d'information. On les appelle les « newsfluencers ».

Le phénomène n'est pas neuf à l'échelle mondiale. En France, Hugo Travers (alias HugoDécrypte) a ouvert la voie dès 2015 depuis sa chambre d'étudiant à Sciences Po. Dix ans plus tard, il cumule plus de 5 millions d'abonnés sur Instagram, emploie une quarantaine de personnes dont 15 journalistes, a diffusé pendant un moment une émission sur France 2 et a même été désigné personnalité préférée des Français entre 15 et 24 ans fin 2025. Son petit compte YouTube est devenu un véritable média, avec des déclinaisons locales à Lyon, Marseille et au Québec.

En Belgique francophone, on en est encore loin. Mais le mouvement est bel et bien en marche.

Un écosystème encore jeune, mais en pleine croissance

Au cours des deux dernières années, on a vu apparaître en Belgique francophone un nombre croissant de comptes Instagram et TikTok dont la mission est de relayer, commenter ou « décrypter » l'actualité. Des comptes souvent portés par un seul individu, animés par la passion et un smartphone. Pas de rédaction, pas de hiérarchie éditoriale, pas de conseil de déontologie. Juste un créateur, une ligne éditoriale (plus ou moins assumée) et un public fidèle.

Le plus frappant ? Certains de ces comptes rassemblent plus d'abonnés que des médias établis. Et leur taux d'engagement est souvent bien supérieur à celui des pages gérées par les rédactions traditionnelles.

Chez Nonante Cinq, en tant qu'agence de relations publiques, ça nous interpelle forcément. Pas pour juger si c'est une bonne ou une mauvaise chose, mais parce que comprendre où et comment les gens s'informent fait partie de notre métier. Et aujourd'hui, ignorer ces nouveaux acteurs serait une faute professionnelle.

Voici un tour d'horizon des principaux newsfluencers actifs en Belgique francophone.

Asckipe (Askip) — Le plus décontracté

  • Compte : @asckipe
  • Fondateur : Noah Bundula
  • Followers : ~39 000 (Instagram)
  • Publications : +1 400

Askip se distingue par un ton humoristique et une approche très « face caméra ». Noah Bundula a été l'un des premiers en Belgique francophone à adopter ce format de vidéos courtes où l'on décrypte l'actu en regardant l'objectif, à la manière d'un Hugo Décrypte local.

Son contenu mélange actualité politique, faits de société et sujets plus légers. Son profil se décrit comme une « société de médias/d'actualités » et affiche la baseline : « Bienvenue sur le compte que tu ne peux pas ranger dans une case ». C'est un bon résumé de l'esprit du compte : difficile à étiqueter, mais clairement personality-driven. Récemment, Noah a même remporté le prix du meilleur créateur de contenu culture & éducation lors de la NRJ Creators Night 2026.

Askip illustre bien une tendance de fond : la personnification de l'information. On ne suit plus un média, on suit une personne. Et c'est cette proximité — ce sentiment de recevoir l'actu d'un pote plutôt que d'un présentateur — qui fidélise le public.

Yurbise — Le plus combatif

  • Compte : @yurbise
  • Fondateur : Jérémie Nzita Mambu
  • Followers : ~46 000 (Instagram)
  • Publications : +2 700

Yurbise est sans doute le newsfluencer belge francophone qui fait le plus parler de lui. Créé par Jérémie Nzita Mambu, un jeune passionné de politique qui publie depuis son téléphone, le compte se présente comme un « média jeune, belge, insolent et indépendant ». Jérémie y consacre un temps considérable — il évoquait dans une interview pour BX1 des journées de 13 heures de travail.

Son style ? Direct, engagé, volontiers provocateur. Il n'hésite pas à interpeller des personnalités politiques — Georges-Louis Bouchez en tête — et à relayer des enquêtes de presse en y ajoutant son propre commentaire. Ce qui, forcément, ne plaît pas à tout le monde. En 2024, Bouchez lui a adressé une mise en demeure pour retirer un post critique, un incident qui a été enregistré comme cas de harcèlement et d'intimidation d'un journaliste par la Fédération européenne des journalistes.

Le débat est d'ailleurs remonté jusqu'au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, où le député MR Chris Massaki a interpellé la ministre des Médias Jacqueline Galant sur le phénomène des newsfluencers. La réponse de la ministre ? Ces créateurs sont bien des « acteurs médiatiques », mais pas des journalistes au sens légal belge, puisqu'ils ne disposent pas d'une accréditation professionnelle. Ils se situent dans une zone grise, entre médias et plateformes numériques.

C'est probablement le cas le plus emblématique de la tension entre ces nouveaux acteurs et le monde politique et médiatique traditionnel.

Bruxelles Dévie — Le plus militant

  • Compte : @bruxelles.devie
  • Followers : ~47 000 (Instagram)
  • Publications : ~990

Avec ses 47 000 abonnés, Bruxelles Dévie est l'un des plus gros comptes de newsfluencing en Belgique francophone — et probablement le plus ouvertement militant. Le compte, qui se définit simplement comme un « média indépendant bruxellois », va bien au-delà du simple décryptage d'actualité : c'est un véritable relais des luttes sociales et des mouvements progressistes.

Son ADN ? Couvrir ce que les médias traditionnels ne couvrent pas (ou pas de la même manière) : violences policières, luttes pour le logement, droits des personnes migrantes, mobilisations syndicales, solidarité avec la Palestine... Le tout avec un ton qui ne cherche pas la neutralité, mais l'engagement assumé.

Ce qui distingue Bruxelles Dévie des autres comptes de cette liste, c'est son fonctionnement collaboratif. Les contenus ne viennent pas d'un seul créateur mais de multiples contributeurs — témoignages, articles, photos, vidéos — parfois soumis de manière anonyme. Le compte dispose d'ailleurs de son propre site web (bruxellesdevie.com) où les articles sont développés en version longue, ce qui lui donne une dimension plus proche d'un vrai média en ligne que d'un simple compte Instagram.

C'est un cas intéressant parce qu'il brouille encore davantage les frontières : à mi-chemin entre le média alternatif, le collectif militant et le newsfluencing.

PolitiqueEnsemble — Le plus généraliste

  • Compte : @politiquensemble
  • Followers : ~35 000 (Instagram)
  • Publications : +1 300

PolitiqueEnsemble se positionne un cran au-dessus en termes de spectre thématique. Si le nom suggère un focus politique, le compte couvre en réalité un large éventail de sujets d'actualité belge et internationale. Son approche est plus éditoriale, avec des posts visuels bien construits (infographies, carrousels explicatifs) et un ton moins personnel que les deux premiers.

Le compte affiche d'ailleurs une communauté engagée de près de 700 membres sur un canal dédié, preuve que le lien va au-delà du simple scroll passif. Son slogan ? « Ton média sur les réseaux sociaux. On t'informe chaque jour. »

C'est peut-être le profil qui se rapproche le plus d'un « vrai » média au sens organisationnel du terme, même s'il reste porté par une structure très légère.

 

QuelCharabia — La plus hybride

  • Compte : @quelcharabia
  • Followers : ~23 400 (Instagram)
  • Publications : +108

Quel Charabia occupe une place à part dans ce paysage. Derrière le compte, on retrouve Camille Terlinden, journaliste chez LN24 et chroniqueuse dans l'émission « 100% Belge » de Thibaut Roland.  En parallèle de sa carrière médiatique, Camille propose sur ce compte des décryptages d'actualité belge et internationale en format vidéo court, face caméra, tournés depuis sa cuisine — un cadre devenu presque une signature. 

Réforme des pensions, tensions diplomatiques, 8 mars… À côté de l'actu, une rubrique récurrente (« Une semaine, un mot ») où elle vulgarise des termes comme « mansuétude », « immarcescible » ou « vilipender ». Sa bio, plus légère, résume bien l'ambition avec ce compte dédié : « Si tu touches rien au charabia de l'actualité, t'es tombé(e) sur le compte parfait ! ».

Le cas est intéressant parce qu'il inverse la logique habituelle. Ici, ce n'est pas un créateur passionné qui se rapproche du journalisme : c'est une journaliste de formation (IHECS) et de métier qui s'empare des codes d'Instagram pour toucher un public qui lui échappe sur les canaux classiques. Et avec 23 000 abonnés, le pari semble plutôt bien engagé. Notons également que c'est la seule femme de ce listing qui s'expose publiquement sur le traitement de l'actualité.

NDLR : ce profil a été rajouté après la première publication de cet article.

 

En Bref — Le plus assumé politiquement

  • Compte : @_enbref_
  • Followers : ~28 000 (Instagram)
  • Publications : +670

En Bref ne fait pas dans la demi-mesure : le compte annonce d'emblée dans sa bio qu'il propose une « analyse de l'actu avec un regard à gauche ». On est ici dans le registre de l'engagement explicite, avec un focus sur les luttes sociales, les discriminations et les violences systémiques. Ici aussi, les thématiques abordées sont également développées plus en profondeur sur un site internet (enbref.org) en plus du compte Instagram.

On peut saluer la transparence de la démarche : le lecteur sait exactement à quoi s'attendre. Le traitement de l'information est ouvertement militant, ce qui ne plaira pas à tout le monde, mais qui a au moins le mérite de la clarté. C'est un positionnement qu'on retrouve davantage dans la presse d'opinion que dans les médias mainstream — sauf qu'ici, ça se passe sur Instagram, avec des codes visuels très différents.

 

MathPolitics — Le plus pédagogue

  • Compte : @mathpolitic
  • Fondateur : Matthieu Van Gansberghe
  • Followers : ~1.650 (Instagram)
  • Publications : ~680

MathPolitics est un compte plus récent dans le paysage, mais qui mérite d'être suivi de près. Son créneau : la vulgarisation de l'actualité politique belge et internationale, avec un ton didactique et des formats courts calibrés pour les réseaux sociaux. Son fondateur, Matthieu Van Gansberghe, a réalisé une courte incursion dans la politique locale en 2024. Il est aujourd'hui reçu par la plupart des partis politiques et obtient des interviews avec les ténors de l'échiquier belge.

Même si le compte est encore peu suivi, c'est un profil à suivre pour voir comment la nouvelle génération de créateurs d'actu en Belgique francophone se structure — et s'il parviendra à atteindre la masse critique qui transforme un petit compte en vrai acteur du paysage médiatique.

Belgica — Le plus structuré

  • Compte : @belgica_ig
  • Followers : ~11 000 (Instagram)
  • Publications : ~150

Belgica détonne un peu dans cette liste, et c'est justement ce qui le rend intéressant. Là où la plupart des newsfluencers naissent d'une impulsion personnelle et d'un smartphone, Belgica est un projet qui a grandi dans un cadre quasi académique. Né sur les bancs de l'UCLouvain, passé par l'Yncubator (l'incubateur de start-ups de l'université), soutenu par une bourse de la Fondation Louvain et constitué en ASBL, le projet a une ambition claire : vulgariser la politique, l'histoire et la culture belge.

Le résultat, c'est un contenu plus posé, plus travaillé visuellement, avec des vidéos explicatives (notamment sur YouTube) qui prennent le temps de contextualiser. On est moins dans le flux quotidien de l'actu que dans le décryptage de fond : pourquoi la Belgique a-t-elle passé 541 jours sans gouvernement ? Qu'est-ce qui a provoqué la scission de l'UCLouvain ? Ce genre de questions auxquelles la plupart des Belges n'ont qu'une réponse vague.

Avec ses 11 000 abonnés, Belgica reste encore un petit acteur en termes d'audience. Mais la structuration en ASBL et le soutien institutionnel lui donnent un potentiel de durabilité que beaucoup d'autres comptes de cette liste n'ont pas. C'est peut-être le newsfluencer le plus susceptible de se transformer un jour en véritable média éducatif.

J24 Politique Belge — Le plus discret

Ce compte fait partie de la longue traîne des micro-comptes de vulgarisation politique qui fleurissent sur Instagram en Belgique francophone. Moins visible que les mastodontes de cette liste, il contribue néanmoins à un phénomène plus large : la multiplication de petits acteurs qui, chacun à leur échelle, grignotent l'audience des médias traditionnels auprès d'un public jeune.

Ce type de compte est intéressant à surveiller non pas pour son audience individuelle, mais pour ce qu'il représente collectivement. Quand des dizaines de comptes de ce type coexistent, chacun avec quelques milliers d'abonnés, ils finissent par former un écosystème informationnel parallèle dans lequel une partie du public navigue au quotidien — sans jamais passer par un média classique.

C'est un peu le principe de la longue traîne appliqué à l'information : il n'y a pas un seul Hugo Décrypte belge, mais une constellation de petits comptes qui, ensemble, remplissent ce rôle.

Ce que ça change pour les marques et les communicants

Pour une agence de relations publiques comme la nôtre, ces évolutions ne sont pas anecdotiques. Elles transforment concrètement notre manière de travailler et de conseiller nos clients.

Premièrement, le paysage médiatique s'est fragmenté. Il ne suffit plus d'envoyer un communiqué de presse à une liste de journalistes pour toucher le grand public. Une partie de ce public ne lit pas (ou plus) les médias traditionnels. Il scrolle Instagram. Il regarde des stories. Il suit Yurbise ou Askip.

Deuxièmement, la frontière entre information et opinion est devenue floue. Quand un créateur avec 40 000 abonnés commente un fait d'actualité en y ajoutant son analyse personnelle, c'est à la fois de l'information et du commentaire. Pour les marques et les organisations, cela implique de surveiller ces canaux, de comprendre leur ligne éditoriale et, parfois, de les intégrer dans une stratégie de communication.

Troisièmement, la crédibilité se construit différemment. Un newsfluencer n'a pas la carte de presse. Mais il a quelque chose que beaucoup de médias traditionnels ont perdu : la confiance d'une communauté engagée.

Ni pour, ni contre (bien au contraire)

Soyons clairs : l'objectif de cet article n'est pas de dire que les newsfluencers sont l'avenir du journalisme ou qu'ils en sont la menace. Il est de constater qu'ils existent, qu'ils grandissent et qu'ils influencent la manière dont une partie du public belge francophone consomme l'information. Étrangement d’ailleurs, ce phénomène semble moins fort en Flandre, où cette place est plutôt occupée par des journalistes traditionnels, tout simplement plus actifs sur les réseaux sociaux.

Certains d'entre eux produisent un travail de vulgarisation utile et accessible. D'autres adoptent un ton militant qui ne prétend pas à la neutralité. La question de leur statut — journalistes ou non, régulés ou non — fait l'objet d'un vrai débat, en Belgique comme dans le reste de l'Europe.

Ce qui est certain, c'est que le monde des médias, aujourd'hui, ne se limite plus aux marques connues et traditionnelles. Il prend d'autres formes, d'autres visages, d'autres tons. Et pour quiconque travaille dans la communication, la veille média ou les relations publiques, c'est une réalité qu'il faut intégrer dans son radar.

On continuera de mettre à jour cet article au fil du temps, en y ajoutant d'autres profils de newsfluencers qui émergent dans le paysage belge francophone. Parce que s'il y a bien une chose qui est sûre, c'est que cette liste va s'allonger.


Cet article est régulièrement mis à jour pour intégrer de nouveaux profils de newsfluencers en Belgique francophone. Dernière mise à jour : mars 2026.

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