13 mars 2025
Pour le douzième épisode de la saison 2 de Dans la Rédac, nous nous sommes entretenus avec Charlotte Vanbever, rédactrice en chef de Max. Ensemble, nous avons discuté de son parcours, de son quotidien, de ses plus belles anecdotes de journaliste, mais aussi, du rôle du journalisme lifestyle dans la société.
C’est parti !
De base, je suis une enfant de la télévision. Depuis toute petite, quand mes parents m’y autorisaient, je regardais le JT de 19h30 de la RTBF, puis surtout, celui de 20h sur TF1. En parallèle, grâce à mes parents et grands-parents, je lisais La DH et Le Soir, avec une attirance particulière pour les pages culture.
C’est vers 12-13 ans que j’ai eu envie de travailler dans le monde des magazines. Paris Match était MA référence. Contrairement à beaucoup de jeunes attirés par la télévision ou la radio, moi, c’était la presse écrite et la culture (musique, cinéma…) Mais la réalité du terrain est tout autre : il faut du temps et un parcours bien construit pour arriver à bosser où on veut.
J’ai toujours aimé écrire, alors je me suis appliquée dans les cours de français, notamment quand il fallait rédiger. Pendant mes études en journalisme à l’ULB, j’ai multiplié les expériences grâce aux stages : d’abord en radio à la RTBF, puis en presse écrite à La DH, où je traitais l’actualité généraliste.
Et alors que j’étais encore étudiante, Michel Marteau, rédacteur en chef de La DH à l’époque, m’a fait une promesse d'engagement. Je savais donc qu’après mes études, je pourrais commencer là-bas. Et c'est ce que j’ai fait avant même d’avoir rendu mon mémoire.
À ce moment-là, je traitais de l'actu chaude. Et même si ce n’était pas ce qui me passionnait le plus, j’ai vécu de belles expériences, comme partir à Londres et Manchester pour couvrir des manifestations.
Au total, je suis restée une dizaine d’années à La DH, où je suis devenue chef de rubrique culture. Puis, Michel Marteau, parti chez Sudpresse (aujourd’hui Sudinfo), m’a rappelée pour le rejoindre. Trois ans plus tard, c’est Demetrio Scagliola – que vous avez d’ailleurs interviewé – qui a pris la relève et souhaitait développer un nouveau magazine du week-end. Et c’est moi qui ai été choisie pour le chapeauter. C'est là que l'aventure Max a commencé.
Je parlais, juste avant, du lancement de Max et c’est absolument ça le point de départ. L’avantage du lifestyle, c’est que ça donne une image positive de la marque au global, donc de Sudinfo ici. Et c’est pareil pour tous les groupes de presse. Le lifestyle, ce sont aussi des instants de lecture complètement différents. On sait que les gens qui vont lire ça seront moins « pressés » que quand ils suivent l’actu chaude, c’est beaucoup plus intemporel et ils vont chercher quelque chose qui va leur faire du bien. L’actu chaude, on peut parcourir les gros titres en quelques secondes/minutes pour être au courant de ce qui se passe, mais personne ne se pose avec un magazine quelques secondes. Un magazine, ça se feuillette. On lit un article, puis on revient en arrière... Ça se parcourt avec plaisir et ça contraste clairement avec la société actuelle où tout va vite. Le défi, en faisant du lifestyle, c’est donc de pousser les gens à se consacrer quelques minutes dans leur journée, dans leur semaine, pour se poser et s’évader quelques instants.
En Belgique francophone, il y avait une place encore inoccupée : le lifestyle wallon. Beaucoup de magazines abordent la gastronomie, la beauté, la mode ou encore la déco, mais souvent avec un regard géographique très large. Max, lui, met en avant ce qui se fait en Wallonie. C’est notre véritable marque de fabrique : valoriser les talents, les initiatives et les tendances locales. Tout ou presque dans notre ligne éditoriale passe par cet ancrage wallon, et c’est ce qui nous différencie des autres magazines lifestyle.
Pour capter l’attention des lecteurs, nous avons aussi une touche people dans chaque numéro, généralement à travers une grande interview. Mais là où nous nous démarquons, c’est dans la manière de l’aborder. Nos interviews sont plus longues, plus approfondies, avec une vraie volonté d’aller au-delà des réponses formatées. On prend le temps d’installer une conversation plus intime, plus personnelle, pour offrir aux lecteurs un contenu exclusif et authentique, différent de ce qu’ils peuvent trouver ailleurs.
Alors, déjà, heureusement, je ne suis pas seule dans ce travail.
Je collabore avec plusieurs journalistes indépendants, mais le processus de sélection reste le même pour tous. À chaque proposition, on se pose d’abord la question de l’ancrage : est-ce wallon ? Si ce n’est pas le cas, y a-t-il un lien avec la Belgique ? On reste ouverts aux belles initiatives flamandes ou même à certaines découvertes du nord de la France, mais toujours avec cette volonté de proposer un contenu proche de notre lectorat.
Ensuite, on cherche avant tout une histoire intéressante à raconter. Si un produit bio arrive sur le marché et qu’on en a déjà parlé à de nombreuses reprises, on se demande si cela apporte vraiment quelque chose de nouveau. L’objectif est toujours d’évaluer la plus-value du sujet pour le magazine et son originalité par rapport à ce qu’on a déjà traité.
Oui, Max entretient un lien fort avec Sudinfo, mais nous fonctionnons de manière relativement indépendante. Comme je connais bien la rédaction de Sudinfo, nous n’avons pas besoin de nous concerter quotidiennement. Bien sûr, il arrive que nous partagions certains sujets, d’autant plus que nous travaillons dans les mêmes bureaux, mais cela reste ponctuel.
Nos lignes éditoriales sont très différentes, et Max est un produit distinct avec sa propre équipe de journalistes. De leur côté, ils ont les leurs. Cette autonomie éditoriale nous permet de proposer un contenu unique, tout en bénéficiant de la force du groupe Sudinfo pour assurer une certaine visibilité.
J'ai la chance de ne pas avoir de journée type, ce qui fait que chaque semaine est différente, mais il y a deux éléments qui régulent mon emploi du temps.
Tout d'abord, le bouclage du magazine, qui est un moment crucial pour toute l'équipe. Ce jour-là, je me concentre entièrement sur la révision des textes, le contrôle de la mise en page, l'ajustement des photos et la création de la couverture. Le bouclage a lieu chaque mardi, car nous envoyons le magazine à l’imprimerie le mercredi à midi. C’est donc une journée où je suis à 100% dans cette tâche pour m’assurer que tout soit parfait avant l’envoi.
Ensuite, mes rendez-vous externes, en particulier mes interviews, viennent structurer ma semaine. Ce sont des moments clés, souvent longs, où je suis en déplacement. En dehors de cela, j’essaie de rédiger malgré tout. Même si mon rôle de rédactrice en chef implique beaucoup de gestion et de supervision, il est impossible pour moi de ne pas produire de contenu. En moyenne, je rédige entre 8 et 10 pages par semaine pour le magazine. Ça demande évidemment beaucoup d'implication et une bonne organisation.
La première, c'est une petite anecdote par rapport à mon voyage à Londres que j'évoquais en début d'interview. À cette époque, Internet n'en était qu'à ses balbutiements, et quand j'étais à l'étranger, je devais écrire mes articles soit à la main, soit sur un ordinateur, mais ensuite, il fallait absolument que je les communique à la rédaction. Et pour cela, je me souviens qu'il fallait que j'appelle la rédaction d'une cabine téléphonique et que je dicte mes articles à quelqu'un qui les retranscrivait. C’est fou de se dire que cela se passait comme ça il y a à peine 20 ans, quand on pense à la manière dont tout fonctionne aujourd'hui.
L'autre souvenir, beaucoup plus marquant, concerne Santa, la chanteuse. En début 2024, j'avais contacté plusieurs fois son attaché de presse, car je voulais absolument l'interviewer. À ce moment-là, elle n’était pas encore la star qu’elle est aujourd’hui. Ce qui est super gratifiant, c’est qu'on a perçu son talent et on l'a mise en lumière, avant qu’elle ne devienne l’une des plus grandes chanteuses françaises. Elle a d'ailleurs été vraiment reconnaissante de cette première rencontre. Aujourd’hui, la voir s’imposer dans le paysage musical français est un vrai sentiment d'accomplissement qui donne du sens.
Le journalisme évolue constamment, et c’est d’ailleurs pour cela que, dès le lancement de Max, nous avons lancé le web en parallèle. Ce n’était pas envisageable de ne pas être présent en ligne.
Dans le domaine du lifestyle, heureusement, l’esthétique joue un rôle important, et même si le digital est dominant, les lecteurs aiment toujours avoir le papier en main, surtout pour des magazines comme le nôtre. Cela étant dit, je pense que le papier restera, mais ce sera limité à quelques titres. À voir lesquels...
Le vrai défi aujourd’hui réside dans la difficulté de se démarquer sur le web. Les médias sont présents dans tous les domaines, et avec la montée des influenceurs, il est très facile de se perdre dans cette masse d’informations.
Et plus encore, l’avenir du journalisme devient de plus en plus complexe à cause de phénomènes comme les vidéos de propagande générées par l'IA, qui circulent rapidement, parfois indiscernables de la réalité.
Le défi pour les journalistes de demain est énorme. Plus un média est ancien, plus il doit constamment se justifier de son existence, à cause de la défiance croissante vis-à-vis des médias. Cela ne va faire qu’empirer tant que les fake news ne seront pas mieux régulées.
Aujourd’hui, même en tant que lecteur, il est nécessaire de recouper les informations, mais beaucoup de gens ne prennent plus le temps de le faire et acceptent les informations telles qu’elles viennent.