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10 réflexes pour ne plus se faire avoir par une fake news

Nonante Cinq 30 mars 2026
10 réflexes pour ne plus se faire avoir par une fake news

Vos profs d'histoire vous ont appris à analyser la fiabilité et la crédibilité de documents. Vous avez peut-être oublié comment faire. Et entre-temps, l'information est devenue un flux continu, souvent ingérable. Petit cours de rattrapage, version 2026.

À l'été 2025, un message s'est répandu comme une traînée de poudre sur TikTok, Instagram et WhatsApp : à partir du 16 octobre, tout virement bancaire supérieur à 800 euros entre particuliers serait automatiquement bloqué pendant 24 heures, pour permettre à l'administration fiscale de « vérifier » la transaction. Des milliers de personnes ont partagé l'info, inquiètes, parfois en colère. Des gens bienveillants, bien intentionnés, qui voulaient juste prévenir leurs proches. La mesure n'a jamais existé.

Ce n'est pas une question de naïveté. C'est une histoire de réflexes, ou plutôt de leur absence. Parce qu'on n'a jamais vraiment appris à lire l'information du quotidien avec le même œil critique qu'un document d'époque en cours d'histoire. Et pourtant, quelqu'un nous l'a montré, cette méthode. Il y a longtemps... et dans une salle de classe !

Ce que vos profs d'histoire ont (vraiment) essayé de vous apprendre

En Belgique francophone, l'enseignement de l'histoire au secondaire ne se résume pas, ou du moins ne devrait pas se résumer, à retenir des dates et des noms de batailles. Depuis les années 60-70, une approche différente s'est peu à peu imposée dans les programmes : la critique de source. Autrement dit, l'art de ne pas croire un document sur parole.

  • Années 60-70 — Introduction progressive de l'analyse documentaire dans l'enseignement belge. L'idée : apprendre à penser, pas juste à mémoriser. La pensée critique entre dans les classes
  • 2008 — Les nouveaux programmes officialisent la compétence de critique de documents : identifier l'auteur, comprendre ses intentions, replacer le texte dans son contexte, confronter les sources entre elles.
  • 2011 — Introduction des épreuves externes du CESS. Pour la première fois, analyser la fiabilité et la pertinence d'un document devient une compétence évaluée officiellement en fin de secondaire.

Concrètement, ça donnait quoi en classe ? Un document, une affiche de propagande nazie, un discours de Churchill, une photo de 1914, et une série de questions : Qui a produit ça ? Dans quel but ? À quelle époque, et qu'est-ce que ça change ? Est-ce que d'autres sources confirment ou contredisent ce qu'on y lit ?

Ce n'est pas anodin. En théorie, la génération qui a passé son CESS à partir de 2011 (grosso modo les personnes nées après 1993) a reçu une formation sérieuse et standardisée à l'analyse critique des sources. Une vraie méthodologie, pas juste un conseil vague du genre « vérifiez vos sources ».

La génération née dans les années 90 et 2000 sait analyser un document. Le problème, c'est qu'on lui a appris à le faire sur des textes du XIXe siècle, pas sur un tweet ou une vidéo TikTok.

C'est là que le bât blesse. La méthode existe, elle est rigoureuse et elle a été assez bien enseignée pour devenir un réflexe. Mais elle a été développée dans un cadre strictement historique. Et le transfert vers l'actualité, vers les réseaux sociaux, les newsletters, les groupes WhatsApp, les captures d'écran, ne se fait pas automatiquement. Il s'apprend, lui aussi.

Ce qu'on ne nous a pas appris, ni en 2008, ni en 2011, ni vraiment depuis, c'est comment appliquer cette même rigueur à l'information d'aujourd'hui. Avec ses algorithmes, ses biais de confirmation, ses titres clickbait, ses sources anonymes et ses IA capables de générer une fausse déclaration présidentielle en trente secondes.

Alors faisons-le maintenant. Pour toutes les générations. 🤓

10 réflexes pour ne plus se faire avoir

Pas besoin d'un master en journalisme. Ces dix questions suffisent déjà à filtrer l'essentiel :

1. Qui parle, exactement ?

Un article sans auteur identifié, c'est déjà un signal d'alarme. Cherchez le nom, la fonction, le média. Un « expert » anonyme ou un « collectif indépendant » sans adresse ni mentions légales mérite d'être regardé de près. Sur les réseaux sociaux, vérifiez également si le compte existe depuis longtemps ou s'il a été créé la semaine dernière.

2. Est-ce que cette personne sait vraiment de quoi elle parle ?

Être médecin ne fait pas de vous un expert en politique étrangère. Être influenceur ne fait pas de vous un économiste. Le titre et le domaine doivent correspondre au sujet traité. Un cardiologue qui « démonte » le réchauffement climatique sort de son domaine de compétence. Ce n'est pas une source fiable sur le climat.

3. Pourquoi est-ce que cette information est publiée ?

Informer ? Convaincre ? Vendre ? Provoquer de la colère ? Tout contenu a une intention. Un article sur « les dangers des vaccins » publié par un site qui vend des compléments alimentaires n'a pas le même statut qu'une étude publiée dans The Lancet. La question de l'intention ne disqualifie pas forcément la source, mais elle oblige à peser l'information différemment.

4. C'est quand, et ça change quoi ?

Une statistique de 2018 sur l'immigration, partagée en 2026 comme si elle datait d'hier, c'est une manipulation, même inconsciente. Les screenshots sans date, les graphiques sans source, les « études » sans lien vers le document original : autant de signaux qui doivent déclencher un réflexe de vérification. Demandez-vous toujours : quand est-ce que ça a été publié ?

5. Est-ce que d'autres sources sérieuses disent la même chose ?

C'était le cœur de la méthode historique : croiser les sources. Si une information « choc » n'est reprise que par un seul site, méfiez-vous. Si elle est confirmée par Le Soir, la RTBF, RTL Info et une dépêche Belga, c'est déjà plus solide. Une information vraie finit généralement par être vérifiée et relayée par plusieurs rédactions indépendantes. 

Par honnêteté intellectuelle, ce conseil peut lui aussi être contesté : les médias se recopient parfois les uns les autres, surtout sur l'actu chaude et lorsqu'une dépêche a été partagée par Belga (qui fournit toutes les rédactions de Belgique). La « confirmation par plusieurs sources » peut être une illusion si toutes puisent à la même source unique, qui peut elle aussi, a priori à de très rares occasions, faire une erreur.

6. Est-ce que le titre dit vraiment ce que l'article dit ?

C'est le grand classique du clickbait : un titre qui promet une révolution, suivi d'un article qui conclut prudemment. Lisez l'article en entier avant de le partager. Ce conseil semble évident, mais des études montrent que la grande majorité des gens partagent un article sans l'avoir lu. Vous connaissez au moins une personne dans votre entourage qui fait ça... Et peut-être que cette personne, de temps en temps c'est vous !

7. Est-ce que cette info vous met en colère ou vous choque trop facilement ?

La colère et la peur sont les deux émotions les plus exploitées par la désinformation. Si une information déclenche une réaction forte et immédiate (« C'est scandaleux ! », « Je savais que c'était vrai ! »), c'est précisément le moment de ralentir. Les fake news les plus efficaces sont celles qui confirment ce qu'on veut croire. C'est ce que les chercheurs appellent le biais de confirmation.

7bis. Est-ce que l'algorithme vous montre autre chose que ce que vous croyez ?

Les plateformes ne vous montrent pas « l'information ». Elles vous montrent l'information qui vous fait rester. Ce qui génère de l'engagement (la colère, la surprise, l'indignation) remonte dans les fils d'actualité. Ce mécanisme crée des bulles : vous voyez de plus en plus de contenus qui confirment ce que vous pensez déjà, et de moins en moins de ce qui pourrait vous contredire. Le résultat : l'impression que « tout le monde pense comme moi » ou que « c'est une évidence ». Ce n'est pas l'information qui est fausse. C'est le prisme par lequel vous la recevez qui est biaisé.

8. Cette photo illustre-t-elle vraiment ce qu'on prétend ?

Les images sont les vecteurs de désinformation les plus efficaces parce qu'elles semblent objectives. Une photo de manifestation parisienne recyclée comme « émeutes en Belgique » : c'est une technique aussi vieille qu'Instagram. Faites une recherche d'image inversée (Google Images, TinEye) avant de croire, et surtout avant de partager. En 2026, méfiez-vous aussi des deepfakes vidéo : la technologie est accessible, les faux sont de plus en plus convaincants.

9. Est-ce que ce contenu a pu être généré par une IA ?

Nouveauté 2024-2026 : les contenus générés par intelligence artificielle se multiplient. Et chaque jour qui passe les rend de plus en plus crédibles et difficiles à distinguer. Cela mériterait presque un article à part entière !

Textes sans aspérités, images trop lisses, vidéos avec des détails étranges (mains à six doigts, arrière-plans flous). Ce n'est pas qu'un problème esthétique : ça permet de produire de la désinformation à grande échelle, à moindre coût. Des outils comme ZeroGPT ou des détecteurs de deepfakes existent, avec toutes leurs limites également. Mais restez humbles : même les experts s'y font prendre. 

Le meilleur conseil sur ce point est peut-être... de vous rapporter aux 9 autres conseils de cet article, qui restent toujours valables.

10. Est-ce que je suis obligé(e) de partager ça maintenant ?

Si vous n'êtes pas sûr(e) à 80 % qu'une information est exacte, ne la partagez pas. Le temps est votre meilleur allié : une vraie information sera encore vraie dans une heure. Une fake news, elle, a souvent disparu ou été démentie dans ce même laps de temps. Le doute n'est pas un aveu d'ignorance... c'est une compétence !

Les outils belges et francophones à connaître

  • Faky : la plateforme de fact-checking de la RTBF, active sur les rumeurs qui circulent en Belgique francophone depuis 2019.
  • AFP Factuel : l'agence AFP dispose d'une cellule de vérification sérieuse et francophone.
  • C'est vrai ça : un collectif citoyen qui veut lutter contre la désinformation sur LinkedIn.
  • Les Décodeurs du Monde : pour les grandes thématiques internationales.
  • Google Images (recherche inversée)
  • TinEye (recherche inversée)

Et maintenant, une question inconfortable

On a beaucoup parlé de fake news « extérieures », celles que les autres partagent, celles qui circulent dans les groupes WhatsApp de belle-maman ou sur un sombre blog au titre tapageur. Mais la désinformation la plus efficace, c'est aussi celle qui vient de sources légitimes : un titre mal formulé dans un grand journal, une statistique sortie de son contexte par une personnalité politique, une étude préliminaire présentée comme une vérité définitive.

La critique des sources ne s'applique pas qu'aux sites douteux. Elle s'applique aussi à tous les médias connus du grand public et, évidemment, à ce que vous lisez ici sur le blog de Nonante Cinq. Soyez exigeants dans toutes les situations.


Ce que l'enseignement belge a réussi à mettre en place depuis 2008, c'est une génération formée à poser les bonnes questions face à un document. Ce qu'il reste à faire, et ce que ni l'école ni les médias n'ont encore vraiment réussi, c'est d'appliquer cette rigueur à l'information telle qu'elle se consomme aujourd'hui : en stories, en boucles, en notifications, en 15 secondes chrono.

La méthode, vous la connaissez déjà. Il ne reste plus qu'à s'en souvenir au bon moment, c'est-à-dire avant d'appuyer sur « partager ».

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